Je vous avais présenté les grandes régions viticoles bordelaises et les grands principes des appellations (en Avril 2025). Intéressons-nous aujourd’hui de plus près au Libournais, et plus particulièrement à Saint-Émilion et à ses voisins.

Saint-Émilion, une appellation et une histoire
L’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) Saint-Émilion est officiellement reconnue par décret le 14 novembre 1936 (c’est le tout début des appellations, l’INAO chargée de les contrôler a été fondée en 1935). Elle regroupe le vignoble de la cité médiévale de Saint-Émilion et sept des communes qui l’entourent : Saint-Christophe-des-Bardes, Saint-Étienne-de-Lisse, Saint-Hippolyte, Saint-Laurent-des-Combes, Saint-Pey-d’Armens, Saint-Sulpice-de-Faleyrens et Vignonet. En effet, ces huit communes s’étaient déjà regroupées dans le premier syndicat viticole dès que ça été rendu légal, en 1884.
À Saint-Émilion, les appellations réservent néanmoins une petite subtilité : il existe en réalité deux appellations distinctes sur une même aire géographique : Saint-Émilion et Saint-Émilion Grand Cru. Le cahier des charges est plus contraignant pour la seconde, imposant notamment un élevage d’au moins deux ans là où les vins de l’appellation Saint-Émilion peuvent être commercialisés dès le printemps suivant la récolte. L’appellation Saint-Émilion Grand Cru ne signifie pas du tout que le vin proviendrait d’un château classé et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, elle représente d’ailleurs de loin les volumes les plus importants.
Les classements de Saint-Émilion
En revanche, c’est justement uniquement au sein de l’appellation Saint-Émilion Grand Cru que l’on trouve les différents niveaux du classement des propriétés. On distingue ainsi les Grands Crus Classés (au nombre de 71 en 2022), les Premiers Grands Crus Classés B (au nombre de 12), et enfin les Premiers Grands Crus Classés A (au nombre de 2, le Château Pavie et le Château Figeac), qui constituent le sommet de cette hiérarchie.
Le classement de Saint-Émilion a une particularité : il existe depuis 1955 etc’est un des seuls en France qui est révisé en principe tous les dix ans. Il a donc vocation à évoluer au fil du temps, en fonction de la qualité des vins, de leur régularité, de leur aptitude au vieillissement, mais aussi d’autres critères liés notamment à la notoriété et à la mise en valeur des propriétés.
D’ailleurs, trois propriétés ont fait le choix de ne pas se présenter au dernier classement et ont perdu leur « titre » de Premier Grand Cru Classé A : les Châteaux Cheval Blanc, Ausone et Angélus.
Les appellations satellites de Saint-Émilion
Autour de Saint-Émilion, quatre appellations ont obtenu le droit d’associer le nom de la célèbre cité à celui de leur commune : Puisseguin Saint-Émilion, Montagne Saint-Émilion, Saint-Georges Saint-Émilion et Lussac Saint-Émilion.
Parmi elles, Puisseguin Saint-Émilion occupe une place toute particulière pour nous, puisque c’est ici que se trouve le château Chêne-Vieux.

L’histoire de cette appellation est assez intéressante. Au début du XXe siècle, les producteurs de Puisseguin souhaitent pouvoir bénéficier de la notoriété de Saint-Émilion, dont ils partagent en partie les terroirs et les traditions viticoles. Mais la commune ne fait pas partie de l’ancienne juridiction de Saint-Émilion et ne peut donc pas simplement utiliser son nom. Après plusieurs démarches et une bataille juridique, un arrêt de la cour d’appel de Bordeaux du 19 février 1923 reconnaît finalement aux vins de Puisseguin le droit d’accoler le nom de Saint-Émilion à celui de leur commune. L’appellation Puisseguin Saint-Émilion est d’ailleurs créée également dès 1936.
Parmi ceux qui ont beaucoup œuvré à cette reconnaissance figure Louis Simonnet, alors maire de Puisseguin. Et son histoire est étroitement liée à celle du château Chêne-Vieux !
La maison de Chêne-Vieux a en effet été construite en 1902 par Louis Simonnet. Après le décès de son épouse, il en a conservé l’usufruit avant que la propriété ne soit cédée par ses héritiers à Camille Camallonga, en 1937 qui l’a achetée pour sa fille Yvonne qui ne portait pas encore le nom de Foucard à l’époque. Le parc au cœur du village porte désormais son nom.
Depuis, les producteurs des appellations Puisseguin Saint-Émilion et Lussac Saint-Émilion ont d’ailleurs rejoint le syndicat viticole de Saint-Émilion.
Pomerol et Lalande-de-Pomerol, deux appellations voisines
A l’ouest, se trouve un autre secteur particulièrement réputé du Libournais : les appellations Pomerol et Lalande-de-Pomerol, également toutes deux créées en 1936.
L’appellation Pomerol, couvre un territoire relativement restreint mais produits des vins parmi les plus recherchés au monde. Difficile de parler de Pomerol sans mentionner Pétrus, dont la réputation est internationale, mais aussi La Conseillante ou L’Évangile, pour ne citer que quelques-uns des grands noms de l’appellation. Lalande-de-Pomerol se situe juste de l’autre côté de la Barbanne, petit ruisseau mais qui façonne le terroir et le découpage des appellations autour de Saint- Émilion.
Les autres appellations du Libournais
Les autres appellations sont un peu plus éloignées du village de Saint-Émilion. On peut citer Fronsac et Canon-Fronsac (à l’ouest), Castillon-Côtes de Bordeaux et Francs Côtes de Bordeaux (à l’est). C’est là encore un territoire chargé d’histoire. C’est à Castillon, en 1453, que s’est déroulée la célèbre bataille qui a vu la défaite du général anglais Talbot devant l’armée Française mettant ainsi fin à la guerre de cent ans.
Ainsi, derrière le nom de Bordeaux se cache une multitude de terroirs, d’histoires et d’appellations. Et c’est sans doute ce qui fait toute la richesse de notre région viticole. Au-delà même du vin, de ses paysages et ses jolis villages pittoresques, la région a été un témoin privilégié d’épisodes historiques marquants (guerre de cent ans, naissance des syndicats de producteurs, premières appellations, travaux de Pasteur en lien avec l’exposition universelle de 1855…) et c’est probablement également pour ça qu’elle attire autant de touristes chaque année.